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Carnet de voyage

A la découverte du Japon


jomon





« Pour comprendre mon enthousiasme il faut savoir qu’au Japon les villes vues du sol et de jour, sont toutes sans exception irrémédiablement laides depuis les plus grandes comme Tokyo, Osaka, Nagoya, jusqu’aux petites comme Hiroshima, Sendaî ou Sapporo. Même Kyoto (qui finit par se révéler un des lieux les plus attachants du monde) déçoit terriblement à première vue.
Comment s’expliquer ce phénomène dans un pays si sensible à la beauté sous toutes ses formes ? Nous touchons ici à quelques-unes des différences fondamentales qui séparent le monde asiatique du monde occidental. Chez nous où la beauté est essentiellement solaire et radieuse, la cacher serait un non-sens. Elle veut la clarté, c’est le sourire de l’être. Lorsque Hegel écrit que « das Schöne ist wesentlich das Geistige, das sich sinnlich äussert » (« le beau est par essence l’esprit qui s’exprime dans la matière »), il traduit d’une manière sublime une croyance profonde de l’Occident.
[…] Au Japon, au contraire, la beauté est initiatique : on la mérite, elle est le prix d’une longue et parfois pénible quête, elle est intuition dernière, possession jalouse. Le beau qui se révèle beau au premier regard est entaché de vulgarité. Une telle conception qui relève de tout autre tradition esthétique, à la notion de vérité ou d’intellect substitue celles de l’intuition-illumination (satori), du gout (shumi) et du cœur (kokoro). C’est une vision de la beauté qu’on pourrait qualifier de romantique ou encore, en considération de son hermétisme, d’aristocratique. »

- MARAINI Fosco, Japon, Paris, Arthaud, 1959.




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